Historique du Regroupement des organismes communautaires de l'Estrie
D’une réforme, une réaction
On n’invente pas l’histoire, elle se crée d’elle-même…
L’origine du Regroupement des Organismes Communautaires (ROC) de l’Estrie est celle d’une démarche commune, faite par des personnes concernées par la réforme de la Loi sur la Santé et les Services Sociaux (loi 120 ou réforme Côté). Des modifications importantes à cette loi sont le point de départ, pour les organismes à se regrouper, dès septembre 1990, afin de défendre adéquatement les intérêts qu’ils partagent devant la nouvelle Régie Régionale en choisissant eux-mêmes leurs représentants. Cette nouvelle loi, stipule en outre, que dorénavant, tous les groupes concernés par les questions de santé et de services sociaux, seront consultés pour la mise en place des Régies Régionales qui remplaceront les conseils régionaux en santé et en service sociaux (CRSSS).
Durant une période s’étirant sur plus d’une année, plusieurs organismes communautaires se sont rencontrés et consultés pour faire face à des changements profonds au sein de leurs habitudes de fonctionnement.
Concrètement, voici comment cela s’est traduit…
En avril 1991, se déroule la toute première rencontre du comité provisoire (AD HOC) concernant l’ensemble de la réforme Côté. Au programme : une formation, une réflexion et un débat dont le thème de fond est la réforme.
En novembre 1991, la deuxième rencontre du comité AD HOC provisoire a lieu regroupant 52 organismes communautaires. Le sujet principal de cette rencontre est l’étude de la réforme et de ses implications directes et indirectes sur les organismes communautaires.
Dans le déroulement de cette rencontre, nous retrouvons certains éléments qui laissent croire que la formation du ROC de l’Estrie est imminente. Qu’on regarde en atelier la pertinence pour les groupes communautaires à participer au conseil d’administration de la Régie Régionale, qu’on anticipe les conséquences de leur participation ou de leur non-participation à cette même Régie, et qu’il en ressorte une série de conditions pour y participer, voilà des preuves tangibles que dès lors, les groupes communautaires sentent le besoin de se regrouper. Déjà, les suites de cette rencontre nous indiquent que la volonté des organismes communautaires est de créer un front commun, d’en établir le rôle ainsi que son utilisation face à la Régie Régionale.
De cette rencontre ressortent plusieurs recommandations sur des aspects particuliers de la réforme :
· Le besoin de création d’un comité pour l’élaboration des critères essentiels pour la reconnaissance des organismes communautaires par l’État via la Régie;
· La nécessité par le gouvernement de respecter le choix de la délégation provenant des organismes communautaires;
· La mise à disposition de ressources pour les organismes communautaires (secrétariat général) avec un budget suffisant, indexé et récurrent.
Des démarches régionales sont aussi élaborées. S’initiant des démarches nationales, on recommande dans le procès-verbal qu’il y ait une rencontre d’organismes communautaires pour mettre sur pied une structure de représentation régionale et faire reconnaître celle-ci par la Régie Régionale.
Le 25 mars 1992, les organismes communautaires se réunissent pour établir les modalités d’élection des représentantes et des représentants des organismes communautaires au sein du conseil d’administration de la Régie Régionale. Le dernier point discuté est celui de proposer que le comité AD HOC devienne le comité organisateur provisoire du Regroupement des Organismes Communautaires (ROC) de l’Estrie.
Il est intéressant de noter que la recommandation du 25 mars 1992, concernant la création du ROC fut discutée seulement le 17 novembre 1992. Intéressant parce que quatre rencontres du comité AD HOC – MSSS eurent lieu entre l’idée de la formation du ROC de l’Estrie et de sa réalisation.
Le 23 juin 1992, une discussion sur le financement d’une table régionale des organismes communautaires, soit par de l’argent ou par des ressources provenant de la Régie, est tenue. Le comité formé de 14 organismes communautaires se réunit le 7 octobre 1992. Lors de cette rencontre, le comité se questionne sur deux types de structures, dont l’un touchant seulement les organismes communautaires financés par le Ministère de la Santé et l’autre, rassemblant tous les organismes de tous les milieux. Il en ressort qu’il est important de conserver d’autres lieux d’intérêt et de défense entre les groupes non-financés par le MSSS. Cependant, des divergences d’opinion apparaissent au niveau de la représentation du mandat et des besoins d’une telle structure.
Le 21 octobre 1992, il apparaît important à tous d’officialiser la structure du futur ROC. Le comité des 14 organismes travaille à proposer un sens à cette structure et un modèle. À la quatrième rencontre du groupe des 14, (comité provisoire MSSS) du 4 novembre 1992, on relate que des discussions ont lieu à propos de la formation du ROC de l’Estrie.
L’assemblée de fondation
Le 17 novembre 1992, l’assemblée des groupes communautaires se rencontre au Foyer St-Joseph de Sherbrooke. 63 groupes, sont présents. Voici le contexte de cette journée-là :
· La régionalisation interpelle le mouvement communautaire dans l’établissement du conseil d’administration de la Régie Régionale;
· Les politiques, les orientations et les budgets sont régionalisés;
· La réforme fait une place plus grande aux organismes communautaires;
· Le financement par programme isole, compartimente, morcelle la force politique et idéologique des groupes communautaires;
· Le risque d’une récupération de l’originalité communautaire estrienne augmente à mesure que s’implante la réforme;
· L’esprit communautaire, par manque de ressources humaines, matérielles et financières risque l’essoufflement par l’imposition d’un rythme de concertation et de collaboration ressemblant à celui du réseau;
· La réforme cherche un moyen de rationaliser les coûts du réseau de la santé en transférant aux organismes communautaires certaines responsabilités.
Il est alors proposé de créer le Regroupement des Organismes Communautaires (ROC) de l’Estrie, et d’élire un conseil d’administration provisoire qui aura le mandat de faire l’incorporation du ROC de l’Estrie et d’organiser l’assemblée générale de fondation. Cette proposition fut adoptée à l’unanimité par l’ensemble des participantEs de cette rencontre.
Toujours à cette assemblée, une proposition est émise touchant la structure du ROC de l’Estrie (organigramme). Cette structure doit établir des canaux d’échange d’information entre les membres du conseil d’administration et les membres de l’assemblée régionale de la Régie, les différents regroupements par programme, les organismes non regroupés et l’ensemble du réseau communautaire. Par ailleurs, la structure du ROC de l’Estrie doit favoriser l’échange, la concertation, la mobilisation des organismes communautaires dans différents dossiers touchant la Santé et les Services Sociaux. Les participantEs ont adopté cette proposition avec enthousiasme et à l’unanimité.
Pour permettre au ROC de l’Estrie de se définir plus particulièrement, les représentantEs des organismes communautaires qui assistaient à cette assemblée adoptent les objectifs précis qui concernent spécifiquement le ROC de l’Estrie. Le ROC doit poursuivre les objectifs suivants :
· Favoriser la concertation entre les différents organismes et les différents regroupements;
· Protéger et défendre les intérêts des groupes communautaires;
· Promouvoir l’expertise des groupes communautaires auprès de la population et des partenaires du réseau;
· Devenir un acteur privilégié auprès de la Régie Régionale dans l’établissement de politiques d’orientations et de mécanismes touchant les membres du ROC de l’Estrie pour faire respecter la philosophie et l’originalité des membres du ROC de l’Estrie;
· Créer des alliances politiques avec des groupes ou personnes poursuivant les objectifs des membres du ROC de l’Estrie;
· Favoriser une solidarité entre les membres du ROC de l’Estrie;
· Mobiliser les membres dans la défense de dossiers touchant la santé et les problèmes sociaux;
· Faire circuler l’information entre les membres du ROC de l’Estrie, les regroupements et les éluEs à la Régie Régionale;
· Développer une expertise dans les champs de la politique, de l’analyse de programme et de l’idéologie communautaire;
· Former les intervenantEs, les usagerEs et les conseils d’administration des organismes communautaires dans les champs d’expertise du ROC de l’Estrie;
· Offrir un support technique aux regroupements par programme, particulièrement sur la question des PROS;
· S’assurer l’accessibilité des services à l’ensemble de la population.
Il faut considérer que l’ensemble des objectifs à atteindre par le ROC de l’Estrie demande un effort soutenu et qu’il est nécessaire d’établir une permanence pour coordonner les activités du ROC de l’Estrie, que la planification, l’organisation des activités ainsi que le support aux regroupements par programme créent des dépenses. Cependant, la Régie Régionale mentionne clairement son désaccord à fournir un budget propre à un ROC de l’Estrie. Les participantEs de cette rencontre du 17 novembre 1993 établissent des possibilités de financement du ROC de l’Estrie, sans toutefois s’arrêter sur une méthode particulière.
L’incorporation
Une fois la structure mise en place, il faut organiser les travaux en vue de donner au ROC de l’Estrie un statut officiel. Des consultations sont effectuées auprès des régions extérieures de l’Estrie afin de mieux cerner la route à suivre. Des rencontres eurent lieu pour obtenir des informations juridiques.
Durant une période qui s’est écoulée entre le 17 novembre 1992 et le 16 juin 1993, le conseil d’administration provisoire du ROC de l’Estrie eut des rencontres successives avec les représentantEs des organismes communautaires membres du conseil d’administration de la Régie Régionale. Le 5 mai 1993, une hypothèse de financement du ROC de l’Estrie est abordée. Cette hypothèse suggère que les prévisions budgétaires pour 1993-1994 soient basées sur un montant de trente mille dollars; c’est-à-dire le minimum requis pour une seule personne à la permanence, et le financement régulier de tout organisme (local, téléphone, envois, etc.). Aussi, l’hypothèse propose au conseil d’administration du ROC de l’Estrie de présenter des projets ponctuels aux différents paliers et ministères des gouvernements provincial et fédéral; programme de développement de l’emploi, article de la Loi sur l’assurance chômage, etc.
Ayant fait des démarches auprès d’autres sources de financement pour obtenir une somme substantielle afin de pourvoir aux dépenses reliées à la mise sur pied du ROC de l’Estrie, le conseil d’administration provisoire reçut deux réponses. La première, positive, provenait du conseil régional de développement de l’Estrie. Un montant de 5,000 $, représentant le versement de leur support financier relativement au « Plan d’action du secteur socio-communautaire » dans le cadre de la planification stratégique régionale, fut remis au ROC le 17 mars 1993. Le même jour, la Régie Régionale déclinait la demande d’aide financière du ROC de l’Estrie provisoire.
Une lettre signée par Jean-Pierre Duplantie nous dit ceci : « D’abord, je désire vous souligner l’importance et l’intérêt que nous accordons à cette initiative de concertation et de mise en commun que représente le ROC de l’Estrie pour les organismes de la région. Nous sommes bien conscients également des efforts et du travail que nécessite la mise en place d’une telle structure. Malheureusement, la Régie Régionale ne dispose pas du mandat ni des enveloppes budgétaires lui permettant de supporter financièrement les regroupements régionaux d’organismes communautaires. Il est prévu, par ailleurs, que la Régie puisse financer des organismes communautaires sur une base individuelle, à certaines conditions. Ces organismes demeurent libres bien entendu de participer ou d’adhérer comme membres à des regroupements régionaux ou provinciaux ».
Le 5 mai 1993, le ROC de l’Estrie reçoit officiellement ses lettres patentes, sous l’autorité de la partie 3 de la Loi Québécoise sur les compagnies. Sans buts lucratifs, le ROC de l’Estrie est constitué pour regrouper les organismes communautaires de la région administrative 05 et de protéger et défendre les intérêts de ces organismes tout en offrant un support technique à ses membres.
Le 16 juin 1993, se déroule à Sherbrooke, l’assemblée générale d’incorporation. Lors de cette rencontre, les organismes communautaires analysent l’ensemble des règlements généraux du ROC de l’Estrie. Suite à une série de petits ajustements, les règlements généraux furent adoptés à l’unanimité. À partir de ce jour, le ROC de l’Estrie, dûment constitué, favorisa une plus grande cohésion pour les organismes communautaires de l’Estrie.
Les temps présents
Dès novembre 1993, les pistes de recherche de financement aboutissent à la création de deux postes au sein d’une première permanence. Grâce aux programmes de développement de l’emploi, un agent administratif et une secrétaire sont engagés. L’agent administratif a pour tâche de planifier les budgets et les activités de formation, d’effectuer la gestion du personnel, de développer la concertation avec les organismes communautaires de collaborer et de négocier avec le réseau de la Santé et des Services Sociaux. La secrétaire a comme principale tâche de gérer la correspondance, de faire du classement de documents et d’effectuer toutes autres actions en support de ses fonctions.
En février 1994, le troisième poste subventionné fut comblé. Un agent de développement conçoit des projets d’activités de promotion, dont la mise sur pied d’un journal des organismes communautaires de l’Estrie, l’animation des groupes de travail, le soutien aux tâches de l’agent administratif et la consolidation du financement de l’organisme.
Pour créer des liens plus solides entre les différents organismes membres du ROC de l’Estrie, un journal du Regroupement voit le jour en mars 1994. Intitulé « LE ROCFORT », la première édition du journal fut distribuée à près de 200 organismes, tant membres que non-membres du ROC de l’Estrie. Les articles de ce tout premier journal furent surtout axés sur les affaires courantes et aussi sur un rappel des objectifs que le ROC de l’Estrie se proposait de suivre.
En 1995, des plans d’action sur les années futures sont mis en place et en 1996, six revendications de base sont déposées au comité aviseur des organismes communautaires.
Entre 2004 et 2007, le ROC a pu participer à l’élaboration et la mise en place de réseaux locaux de service.
En 2009, le
ROC de l’Estrie continue à mettre l’emphase sur l’un de ses objectifs qui est
de devenir un interlocuteur «privilégié» de la Régie Régionale dans
l’établissement de politiques, d’orientations et de
mécanismes touchant les membres du ROC de l’Estrie. Ceci, afin de faire
respecter la philosophie, l’autonomie et l’originalité de l’action
communautaire en Santé et Services Sociaux offerte à la population estrienne
par les organismes communautaires. 2009 est aussi une année de consolidation
pour le ROC de l’Estrie grâce à un budget plus
solide qu’auparavant.
L’avenir : le partenariat
Un des principaux objectifs du ROC de l’Estrie est de devenir un « acteur privilégié » avec la Régie Régionale dans l’établissement de politiques, d’orientations et de mécanismes touchant les membres du ROC de l’Estrie pour faire respecter la philosophie, l’autonomie et l’originalité de l’action communautaire en Santé et Services Sociaux offerte à la population estrienne par les organismes communautaires.
Le partenariat entre le ROC de l’Estrie et la Régie Régionale doit être envisagé sous le signe du dynamisme, de l’enthousiasme et de l’efficacité. Ce partenariat entre les organismes communautaires et la Régie Régionale doit répondre à un seul objectif : « le bien-être de la population ». Les tiraillements d’opinions entre les pouvoirs décisionnels et les travailleur(euse)s des organismes communautaires doivent cesser pour faire place à une concertation qui répond aux besoins de tous les intervenantEs du domaine de la santé sociale. Il en va ainsi pour le respect de l’ensemble de la population que nous desservons !